Collégiale Notre-Dame de Dinant

Place Reine Astrid 3
5500 Dinant

Collégiale Notre-Dame de Dinant

Place Reine Astrid 3 5500 Dinant

L’urbanisme de Dinant s’inspire depuis longtemps de la géographie des lieux : la ville doit son étroit étirement, à la mince plaine alluviale de la rive droite de la Meuse, coincée entre le fleuve et le plateau calcaire qui la domine du haut de falaises et de pentes abruptes. Dinant est cependant très tôt dans l’histoire un carrefour routier et une étape fluviale incontournables.

Le rocher Bayard borne Dinant au sud tandis que le quartier de l'abbaye de Leffe marque sa limite au nord. La rue principale comporte deux sections, la rue Grande et la rue Adolphe Sax qui se rejoignent au pont, au cœur emblématique de la cité, avec la « collégiale » au pied de la citadelle. Le patrimoine architectural dinantais est très jeune car la ville fut lourdement détruite à maintes reprises. Il y a quelques exceptions remarquables comme la maison du pléban ou des vestiges des fortifications et, bien entendu, la collégiale, à laquelle cette notice est principalement consacrée.

Sans que rien aujourd'hui ne puisse les confirmer, deux hypothèses perdurent sur ses origines. Une tradition populaire attribue à saint Materne l'érection d'une église au IVe siècle à l'emplacement d'un sanctuaire gaulois. Par ailleurs, la mort de saint Perpète, évêque de Tongres, vers 627 à Dinant, donne rapidement naissance à un culte important dans la cité.

On sait que l'évêque de Liège, Richer, élève en 934 l’édifice au rang de collégiale en y adjoignant un chapitre de chanoines séculiers.

L’édifice roman s’effondre le 22 décembre 1227 à la suite de la chute d’un énorme pan de rocher. Il en reste le portail nord dont les sculptures sont dans un très mauvais état de conservation. Les bas-reliefs du tympan en arc en plein cintre illustrent une Vierge à l'Enfant en majesté, des signes du zodiaque et des apôtres. Cette iconographie suggère qu’il soit le portail principal de l'église romane.

Si l’édifice, reconstruit dans le premier style du gothique, est assez bien maîtrisé à ce moment dans nos régions par les chantiers de Tournai et Liège, les différentes interventions, remaniements, restaurations, reconstructions, remplois et remplacements qui eurent lieu à Dinant au fil des siècles font que l’on peut parler plutôt d’une église d’inspiration gothique. La notice dans Le patrimoine monumental de la Belgique est assez rythmée. Mettons ici en évidence quelques éléments patrimoniaux pour faciliter la lecture architecturale et l’appréciation.

La collégiale Saint-Perpète est un vaste édifice (néo-)gothique de pierre calcaire en croix latine d’une grande unité, à chœur à pans coupés typique, sous un toit d'ardoise et précédé de deux tours de façade. Elle est surmontée d'une flèche à bulbe reconstruite à l’identique après 14-18. Elle marque le paysage et est l’emblème de la cité.

L’exiguïté de l’espace de construction détermine certains choix. Le chœur est entouré d’un large déambulatoire sans chapelle rayonnante. La nef compte trois vaisseaux et cinq travées. C’est une travée, renforcée, qui supporte les deux tours. La façade est plutôt dépouillée. Le portail nord, face à la Meuse, est néo-gothique. On y a remployé des éléments sculptés du XIVe siècle. Dans chacun des douze arcs trilobés inscrits dans un arc brisé, des figures féminines et des personnages sortant du tombeau illustrent sans doute un Jugement dernier. La partie haute de ce décor fut sans doute remplacée au XVIe siècle par une rosace flamboyante. Au trumeau, c’est une statue moderne de Notre-Dame qui occupe la place.

Le portail sud est une œuvre de transition. Les voussures cintrées organisent les figures des prophètes et des rois de Juda, l’Agneau mystique et un couronnement de la Vierge. Ce porche sera reconverti en baptistère au siècle suivant. La façade sud est occupée par une grande verrière. On sait que Pierre Bellart de Namur l’a restaurée en 1491. Une œuvre du peintre verrier M.G. Ladon de Gand la remplace depuis 1902.

L’élévation intérieure, accentuée par la minceur des colonnes et les nombreux culots qui supportent les voûtes, est remarquable. Un élégant triforium aux arcatures trilobées court tout autour de l’édifice et en accentue ainsi l’horizontalité. Les chapiteaux à crochets sont typiques du style mosan du XIIIe siècle. Suite à l’incendie de 1466, les voûtes à liernes et tiercerons apparaissent à la fin du XVe siècle.

Après les destructions de la Première Guerre mondiale, les architectes Van Assche à la fin du XIXe siècle et de Chrétien Veraart, dans les années 1920, lui confèrent sa physionomie actuelle selon l’image qu’ils avaient de la collégiale aux XIIIe – XIVe siècles. Ils font rehausser le sol et reconstruire l’essentiel des maçonneries, des arcs boutants, des pinacles, des balustrades, des échauguettes.

S’il subsiste bel et bien quelques éléments médiévaux authentiques, vous regarderez parmi le mobilier. On retrouve ainsi les fonts baptismaux commandés en 1472 à Lambert Art, de Namur. Parmi les œuvres plus récentes, regardez aussi « Saint Perpète », l’œuvre de Denis-Georges Bayar (1690-1774), ou le « Christ assis attendant son supplice », une peinture sur bois du XVIIe siècle, ou encore la chaire de vérité du début du XVIIIe siècle, réalisée par le menuisier dinantais Jean Croquet et le sculpteur Cornelis Vender Veken. L’ange semble s’être posé à l’instant, la jambe gauche suspendue dans les airs, appelant les fidèles à écouter le prêche. Les dimensions colossales des statues que vous trouverez au fond de l’édifice s’expliquent par le fait qu’elles étaient prévues d’être placées de part et d’autre du maître-autel.

Malgré ses nombreuses restaurations, la « collégiale » est un monument classé reconnu comme Patrimoine exceptionnel parce qu’elle est malgré ses restaurations un des édifices les plus représentatifs des débuts du gothique en Wallonie. Elle fait pour l’instant l’objet d’un important dossier global de restauration.

Julien Bohetavec l’assistance technique du Service du Patrimoine culturel de la Province de Namur.


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