Abbaye de Floreffe

rue du Séminaire 7
5150 Floreffe

Abbaye de Floreffe

rue du Séminaire 7 5150 Floreffe

Floreffe doit son nom soit aux Celtes qui nommaient le lieu flor-icca, « propriété fleurie », soit aux Germains pour qui elle était flor-ahwjô, « plaine d’eau ». Il est bien vrai que Floreffe est connue essentiellement et à juste titre pour son abbaye de l’Ordre des Prémontrés (et sa bière), une abbaye reconnue « patrimoine exceptionnel de Wallonie ». Mais Floreffe est bien plus que une abbaye. C’est aussi une commune de 4 villages le long de la Sambre …

Floreffe va se développer dans un alleu du comte Godefroid de Namur et de son épouse Ermesinde. À la limite du comté, ville affranchie de toute obligation ou redevance, elle est un centre commercial et un point stratégique important pendant tout le Moyen Age. L’essor industriel va bousculer la morphologie de l’agglomération (chemin de fer, chimie, glacerie). Mais ce sont surtout les travaux d’urbanisation des années 1960 qui modifient la trame citadine de Floreffe et lui donnent sa configuration actuelle.

L’histoire de l’abbaye et celle de la commune sont étroitement liées jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. L’abbaye est fondée par saint Norbert en 1121 sur une pointe rocheuse qui surplombe la Sambre. Elle est l'une des plus importantes abbayes de l'Ordre des Prémontrés et une des plus prospères du namurois. Les droits seigneuriaux sont transmis à l’abbé en 1672. L’abbaye est au sommet de sa prospérité lorsque débute les troubles révolutionnaires. En 1797, les Prémontrés sont chassés et l’abbaye pillée puis mise en vente. Elle sera cependant rachetée par le chanoine Richald afin de sauver les murs mais les moines n’y seront plus jamais assez nombreux. En 1819, une communauté scolaire s’y installe, connue sous le nom de « petit séminaire épiscopal du diocèse de Namur », fonction qu’elle l’occupe toujours depuis lors.

Les irrégularités du sol expliquent certaines particularités du plan cependant assez conforme au modèle monastique traditionnel. De l'abbaye médiévale, subsistent les traces du mur de clôture, une partie de la salle capitulaire, le niveau inférieur vouté de la bibliothèque et le gros œuvre de l’église timidement gothique, la salle du chapitre à voûtes d'arêtes retombant sur des chapiteaux à motifs stylisés, le cellier où se lisent encore des traces de peintures murales anciennes et surtout le moulin – brasserie. Ce moulin d’allure romane est un témoin rare d'un bâtiment industriel du XIIIe siècle ! Il se compose de deux ailes en équerre séparées par le bief du ru qui faisait autrefois tourner trois roues et alimentait un étang vivier. Il s’élève sur deux niveaux en moellons calcaire. A l’intérieur, tout ce qui restait de sa machinerie ancienne a malheureusement été perdu lors de sa transformation en brasserie et salles de réceptions dans les années 1970.

La ferme, les quartiers abbatiaux, la bibliothèque, le remodelage du cloître et la nouvelle façade de l’église, en briques et pierres bleues, datent du XVIIIe siècle. Si les façades extérieures sont plutôt de facture néo-classique, elles sont marquées par la symétrie et confèrent une homogénéité à l’ensemble, les décors intérieurs sont de tendance baroque ou rocaille, comme les stucs et les rampes du quartier abbatial en fines volutes. Le trompe-l’œil de la voûte de la bibliothèque est réalisé par G.A. Caldelli, le tableau de saint Norbert est l’œuvre de J. Nicolaï, inspiré par Rubens.

A contrario, le rhabillage de l’intérieur de l’église au 18e s. par l’architecte L-B Dewez se veut néo-classique. L’enveloppement des voûtes, des supports et des arcades, la modification des baies, le raccourcissement du transept, le nouveau pavement offrent un jeu de contrastes des couleurs, une rigueur, une ordonnance et un dépouillement qui mettent en valeur le mobilier. En particulier, les 74 stalles baroques sont un véritable trésor d’exubérance, de vigueur et de fantaisie. Ces stalles, toutes différentes, furent sculptées par le Namurois d’origine allemande Pierre Enderlin entre 1632 et 1648. Les petits anges musiciens, ajoutés au XVIIIe siècle, sont de P-F Le Roy.

Notons encore que les charpentes de toiture des XIIe, XIIIe et XVIIe siècles permettent d’étudier l’évolution des techniques et valent une visite.

La communauté scolaire grandissant, des parallélépipèdes de béton brut sont élevés en 1964 et se démarquent dans le paysage par leur style moderniste, et sont une des œuvres du namurois Roger Bastin, l’un des grands architectes belges du XXe siècle.

Enfin, faisant aussi partie du patrimoine, la Bible de Floreffe, datée de 1165, est conservée à Londres et le polyptique-reliquaire de la Vraie Croix, vers 1254, est quant à elle au Louvre.

Pour faire honneur à ce bel héritage, n’hésitez pas à ouvrir l’un ou l’autre ouvrage pour enrichir cette lecture et nuancer certaines généralisations typiques de ce genre de courte notice.

Julien Bohetavec l’assistance technique du Service du Patrimoine culturel de la Province de Namur.


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