Abbatiale Saint-Pierre d'Hastière

Rue de la Meuse
5541 Hastière

Abbatiale Saint-Pierre d'Hastière

Rue de la Meuse 5541 Hastière

Cet important édifice en moellons de calcaire et de grès se dresse le long de la Meuse depuis plus de 1000 ans, à hauteur d’un des passages à gué du fleuve et d’un carrefour routier autour duquel s’est organisé le village de Hastière-par-Delà.

Hastière doit sans doute son nom à un général romain ayant occupé la région, Hastirius. C’est ainsi que le site est appelé dans un texte de 1085. A la veille de 1830, Hastière-par-Delà, à distinguer de Hastière-Lavaux, ne comportait qu’une petite quarantaine de maisons et une abbaye abandonnée. Les terrains étaient dévolus à l’agriculture. Depuis le XXe siècle, le tourisme lui offre un nouvel essor. 

C’est un conflit entre abbayes qui décida du destin de cet édifice. Comme le synthétise déjà A. Dierkens dans Le patrimoine médiéval de Wallonie, le comte Wigéric y fonda une petite abbaye de moniales bénédictines. Donnée à l’église de Metz malgré le fait qu’elle soit située dans le diocèse de Liège et ainsi rattachée à l’abbaye de Waulsort, l’abbaye de Hastière voit ses moniales remplacées par des moines. S’en suivent deux siècles de conflit de pouvoir entre les deux abbayes. Un accord entre les évêques de Liège et de Metz tombe en 1227 et les deux sites religieux relèveront dorénavant de Liège.

Des fouilles archéologiques, encore inédites, montrent que l’abbaye fut élevée sur un ancien bâtiment romain et que des sépultures mérovingiennes y avaient déjà été placées. Lambert, abbé de Waulsort, rebâtit, en 1033-35, l’église Saint-Pierre connue par les fouilles renseignées en bonne partie dans les volumes qu’on lui connaît aujourd’hui.

L’église Saint-Pierre présentait un plan typiquement mosan similaire à celui de l’église Saint-Hadelin de Celles : tour à l’ouest flanquée d’une tourelle d’escalier, trois nefs de cinq travées, un transept bas et saillant, un chœur à abside semi-circulaire assis sur une crypte.

L’extérieur roman est animé par des grandes arcades aveugles en plein cintre qui encadrent les fenêtres de même forme. L’extérieur de l’extension gothique n’a pas la même expression plastique que la partie romane : ce sont de simples fenêtres plus hautes et plus étroites. Les parties orientales furent, en effet, détruites et l’édifice nettement agrandi à l’est, vers 1264 par l’abbé Allard de Hierges. La crypte fut alors comblée et le chœur roman remplacé par un chœur gothique pentagonal éclairé par des fenêtres en tiers-points. Cette crypte romane a été redécouverte au XIXe siècle. Cet oubli de plusieurs siècles a permis de conserver des graffitis, des formes d'ex-voto laissés par les rares privilégiés qui avaient le droit de descendre dans le saint des saints de l'abbaye. Les lieux abritent aussi deux sarcophages mérovingiens du VIIIe siècle, antérieurs à la construction de l'église.

La composition du vaisseau central est remarquable par le rythme des hautes arcades en plein cintre retombant sur les piliers carrés. Séparée de la nef par un arc de triomphe orné de fresques, la croisée du transept est éclairée, comme à Celles, par deux fenêtres ouvertes juste au-dessus des toitures des croisillons, astuce typique du style mosan.

A la suppression du culte à la Révolution française, le bâtiment tombe à l’abandon. Il est photographié dès 1871 par Dandoy, ce qui témoigne de son intérêt. L’église subit une restauration importante entre 1880 à 1914 par les architectes Chr. Veraart et A. Van Assche : bas-côtés, transept et étages de la tour furent reconstruits. Une triple arcade en plein cintre ouvrant la tribune d’étage de la tour sur la nef a alors été percée. La paroisse est rétablie en 1901.

A l’intérieur, arrêtez-vous devant les stalles gothiques qui datent de 1443. Les fonts baptismaux en pierre bleue remontent aux XIVe – XVe siècles. La Vierge et saint Jean au Calvaire sur l’arc de triomphe sont du XVe siècle. Un vrai voyage dans le temps.

Julien Bohetavec l’assistance technique du Service du Patrimoine culturel de la Province de Namur.


A cet endroit :

Shadi Torbey, basse & Lucas Blondeel, piano

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